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Ca brûle

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
France


WOMAN ON FIRE





« Toi, t'es moins belle que les autres, mais tu es courageuse. »

Les amours de vacances sont décidément bien compliquées. Jeunes et moins jeunes se laisser happer par les jeux mortels des passions estivales. Ca brûle, oui, surtout dans les corps. Claire Simon filme son héroïne toujours en mouvement, petit bulldozer bien décidé à tout renverser sur son passage : les gens, les conventions sociales, les tabous. Elle avance au milieu des obstacles, les franchit sans sourciller, prend tous les risques pour arriver à ses fins. Les séquences d'équitation, notamment, trahissent cette rage de moins en moins contenue.

La robe du cheval luit sous le soleil, il est puissant et musclé, ses mouvements sont harmonieux, tout entiers voués à un seul but : satisfaire les exigences de sa cavalière. La réalisatrice filme leurs courses folles à travers les champs avec sensualité, observant les corps soudés l'un à l'autre et la complicité qui les unit. Livia se sert de lui comme d'un étendard, d'une arme et d'une armure à la fois. Juchée sur son dos, elle se sent forte, invincible, capable de terrasser la terre entière. C'est pourquoi, en lui enlevant l'animal, le père contraint-il la jeune fille à assumer elle-même son animalité. Elle franchit alors un seuil dans l'impatience et le désir. Lui refuser ce qu'elle demande (l'amour de Jean Susini) est une déclaration de guerre contre laquelle elle n'hésite pas une seconde à riposter. Deux fois plus fort.

Dommage que Livia apparaisse aux yeux du spectateur comme une gamine mal élevée et capricieuse, fondamentalement égoïste, et portée vers le mélodrame. Certes, elle a du cran, mais aussi une sorte de cruauté, de brutalité qui ne demande qu'à se manifester au détriment des autres. D'où le challenge de réaliser un film entièrement porté par ce personnage antipathique et dénué de nuances. Ici, pas d'identification possible, car Livia ne cherche justement pas à plaire. Elle n'a recours à aucun des artifices traditionnels de la séduction, se montrant au contraire sous son jour le plus abrupt, lançant aux autres le défi de l'aimer.

Claire Simon réussit son portrait : Livia porte en elle tous les drames et les contradictions de l'adolescence. On voit sa félure intérieure se transformer peu à peu en fissure, puis en brèche. Ce point de non retour où la douleur est si intense qu'elle peut tuer. Le scénario, lui, fonctionne moins bien. Il y a trop de temps morts, de séquences purement esthétiques, de lyrisme prévisible. Comme Livia, on s'ennuie un peu devant cette histoire brûlante qui manque terriblement de fièvre.

MpM



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