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Les climats sur le site officiel de Nuri Bilge Ceylan

 

Les climats (Iklimer)

Sélection officielle - Compétition
Turquie / sortie le 17.01.07


VA, VIS, ET REVIENS





Vivons un peu chacun de notre côt�.

� Pessimisme ! Nuri Bilge Ceylan nous emporterait-il vers la conformit� culturelle ? Certes, la tendance reste dynamique première parmi cette nouvelle génération de cinéastes turques qui aiment � marier traditions et ouvertures � l’occident. Depuis Uzak le sujet a plus que fait polémique. Hasard ? Ce nouveau Nuri Bilge Ceylan flirtera avec nos poncifs les plus néfastes en matière de vie moderne. Amours et couples � consommer, � rejeter, voire � récupérer pour mieux se réchauffer� Artificielle femme occidentalisée, copieuse en faux-semblants, principes et jugements. Naturellement indépendante, fragile et résolue. L’homme, ici tournoyant en pleine crise existentielle, en arriverait presque � se perdre.

Ils s’aimeront, peineront � communiquer, se battront, contiendront leur violence en faisant passionnément l’amour � même le sol, se sépareront avant ce glacial hiver... Un temps d’hibernation ; celui de la solitude. Celui de la réflexion pour geler leurs refus de vouloir exister. Un froid et cristallin retour � la vie, � la réflexion, � l’espoir. Le temps des erreurs avouées. Il tentera de revenir, parce qu’il � a chang� »… Quoi de plus commun ! Et quoi de plus morne ? Dans le sillage de son précédent film, Nuri Bilge Ceylan nous entraîne au fins fonds d’une nouvelle vie de sous-sol. Un dialogue certes ici joliment intérieur mais bien trop focalis� sur le non-dit pour qu’on puisse s’abandonner � cette histoire d’amours amers. Au moins, Uzak présentait cette noble mélancolie qui venait faire palpiter son spectateur.

Le cinéaste revient sur sa Turquie enneigée, sur ses images � même le sol, jouant sur les archétypes masculin/féminin� Il privilégie l'intime, ce coup-ci, au détriment d'un propos plus ambitieux. Reconnaissons que ci et l�, il composera avec drôlerie. De notables clins d’œil. Son style. Une mise en scène épurée, plus profonde � première vue. L'image numérique n'écrasera. Bien au contraire : elle magnifie, séduit, illumine, ses cadres, paysages et décors se faisant tant échos de symbolique que voyages en toute beaut�. Que de cités en ruine, � l’image d’un masculin désagrég�, réduit � quelques souvenirs sur papier glac�.
Reste que cette nouvelle toile nous semble déraisonnablement embrumée. Avouons binaire, outre calquages et enjeux mal dessinés. Lui, macho irrésolu (et parfois trop antipathique pour nous accrocher � son machiavélisme) ; elle, sucrée, délectable mais fragile. La roue tournera. Avec elle, son lot de prévisibles climats, d’ouvertures, de droits au bonheur, histoire de geler un temps nos maux - cette volont� de mourir comme celle de changer - de partir enfin vers cet ailleurs. Toujours cet ailleurs�

Inéluctables cycles de notre existence, réitérations quasi forcées des schémas, interminables distances� Nuri Bilge Ceylan et ses climats nous tirent en ces territoires embourbés de la fatalit�. Plans fixe, gros plans, hauts contrastes clair/obscurs : chose louable (a fortiori puisque le film est tourn� en numérique), sa caméra nous inondera d’une âme joliment minimaliste. Un brin onirique pour aider � nous ressourcer� Nous l’avions compris. Toujours ces sacro-saints modèles psychosociologiques, � l’image du pr�-dénouement, o�, justement, Bahar rêvera de sa mère. Fallait-il toutefois vraiment en arriver l� ? De quoi émettre quelques réserves, sans trop en dire, puisque <>Les climats reste une fresque qui, avant tout, nous parlera de promesses. Celles de nos lendemains, fatalement riches en changements, quels qu’ils soient, fatalement porteurs. La vraie question sera de les supporter. Ou pas. Les climats, les saisons, l’Histoire, les rencontres, les ailleurs, les ici et maintenant, les sentiments ne font - hélas comme bien humainement - pas tout.

Sabrina



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