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Quinzaine des réalisateurs - Compétition
USA


ILS SONT PARTOUT





"Je préfère parler d'insectes avec toi que de n'importe quel sujet avec quelqu'un d'autre."

La séquence d'ouverture est typique des films d'épouvante : une femme, seule dans un endroit isolé et morne, reçoit des coups de fil anonymes de plus en plus pressants. L'inquiétude qui la gagne et la tension qui en découle sont mis en valeur par une mise en scène extrêmement saccadée : les plans se rapprochent toujours plus de son visage, la caméra isole les objets et les points de détail, l'altération de la profondeur de champ laisse deviner quelque chose de tapi dans l'ombre. Et bien sûr, l'orage finit par éclater avec le retour programmé du mari.

Mais William Friedkin brouille les pistes. Après quelques variations sur la terreur conjugale, il dévie peu à peu vers une réalité totalement déformée, un aller simple pour l'antre du cauchemar. La mécanique au travail, celle de la confusion, s'autogénère. Plus les esprits sont troublés et plus ils s'enfoncent dans le magma du mirage, du doute et du délire.

Le film n'est pas sans évoquer ces intrigues à tiroirs qui voient leurs héros, au bout d'une heure et demie de pérégrinations, comprendre tout à coup les corrélations entre tous les indices qui leur ont été délivrés. Ce moment précis où le personnage principal, pris d'une illumination, connecte tous les faits entre eux, jusqu'à remonter à la source de l'histoire. S'inspirant de cette imagerie très codifiée, il pousse le mécanisme à l'extrême et emporte ses protagonistes dans une spirale vertigineuse de raisonnements en chaîne qui aboutissent à une conclusion terrifiante. Par la même occasion, il entraîne le spectateur dans un processus identique fait d'hypothèses et de conjectures de plus en plus folles. A un moment ou à un autre, les théories des deux camps sont amenées à s'opposer. A moins qu'il ne s'agisse des deux faces opposées d'une même réalité.

L'ennemi, ici, est indiscutablement intérieur. Les forces qui le soutiennent sont quant à elles innombrables, impénétrables et dotées des plus noirs desseins. La théorie du complot dans toute sa splendeur, dénoncée et instrumentalisée tout à la fois par un William Friedkin en très grande forme. Le lieu clos ou se déroule presque toute l�action figure une société américaine paranoïaque et repliée sur elle-même et tout entière tendue vers l�effort de se protéger d�une menace invisible. Les acteurs, excellents Michael Shannon (sorte de Frankenstein halluciné) et Ashley Judd, érigent l�angoisse en jouissance ritualisée. Les séquences finales, baignées d�une lumière bleutée irréelle, atteignent le paroxysme de l�épouvante psychologique. William Friedkin peut alors se contenter d�une mise en scène minimaliste (un plan d�ensemble sur les deux personnages), la tension est déjà si forte qu�un simple flot ininterrompu de paroles suffit pour faire définitivement basculer le film dans la folie.

MpM



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