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Summer Palace

Sélection officielle - Compétition
Chine


DROITS AU MURS





« Les humains désirent la solitude. Et ils désirent la mort. Sinon, pourquoi ce combat contre ceux qui aiment le plus ? »

Radicale cette histoire d’amours ombragés. Un patchwork inégal, emprunt de joliesse, de délicate poésie mais trop égrainé au fil des minutes et sous-intrigues pour nous faire entièrement palpiter. En lui-même déjà (et à l’unanimité), Summer Palace aurait gagné à être accourci de tiers durée. Fallait-il à tous prix - et coûte que coûte nous semble-t-il - courir après cette troisième partie à dénouement ouvert qui, usant de vains découpages, nous promènera incessamment de protagonistes secondaires, voire personnages accessoires, à notre l’héroïne déchue, de Pékin à Berlin, des années 90 à 2003, de la mort au retour au pays, du désir de liberté au renoncement… Et vice-versa… Le tout pour en arriver à de curieux jeux de polarités inversées. Sans oublier ces répétitives séquences de sexe, redondantes jusqu’à réitérer cadrages, lumières et expressions ; au final, nous l‘aurons compris, entièrement dénuées d’érotisme.
Assez complaisants ces clichés de lit. Surtout exempt de toute figure de style, les premiers ébats passés. Précédés de longues et hésitantes séquences de dragues puis suivis de récurrents « je t’aime moi non plus » d’un microcosme à l’autre, il nous paraîtront surtout résolument vains. Passifs, quoi qu’il en soit. A l’image de cet hivernal travelling qui viendra cristalliser notre héroïne évanouie, esseulée et inerte au beau milieu d’une piscine olympique vide… Nous pourrons toujours tuer le temps. Mais nos émotions ? On préfèrera là se raccrocher à ces quelques jolis regards, à ces hymnes sous-jacents au film entier – odes à la femme, odes à la nature ou encore aux valeurs essentielles - à ces jeux de vases communiquant qui viendront nourrir toute la première moitié du film (hélas, seule la première moitié), en duos, en société, de l’intimité à la vie culturelle, en passant par l’Histoire naturellement. Nous l’aurons compris : Summer Palace ne nous parle que de destins et libre arbitre. Avec tous les dangers que cela induit d’une façon globale comme lorsqu’il s’agit de composer sur l’âge tendre. Imaginez alors dans cette Chine – étendue à tout le bloc soviétique – de 1989 ! Reste qu’on ne pourra même pas ici parler d’un avant ou d’un après Tien An Men (comme d’un avant ou d’un après chutes du mur de Berlin ou du bloc soviétique, d’ailleurs). On aura pourtant adoré le réalisme avec lequel Lou Ye nous conduira au plus sanglant de cette page d’Histoire, ici donnée à regarder, suivre, vivre et ressentir par le seul usage du hors-champs. Le drame vécu. Hélas, recentré sur notre héroïne et bien d’autres préoccupations de jeunes papillons. Le réalisateur reste fidèle à ses archétypes. Trop, incontestablement.

Que de notions en questions ! Voilà bien toute la nuance ! En question, oui ; hélas non en perspectives. La faute toujours à ce découpage effiloché qui laissera s’éclipser un à un les enjeux et promesses d’une aventure un temps propice à couleurs, esquisses, ombres et lumières. Ces histoires d’amours conjugués au pluriel. Celui d’une femme, d’elle et son « autre », celui d’un homme, au fil des hommes, celui de toute une génération qui voulait être libre… Celui de la Chine, de sa jeunesse tournée vers l’avenir. Celui de ces instants que fraîcheurs définitivement révolus, consignés dans un vieux journal intime que l’on ressortira l’heure des retours de bâton venue, histoire(s) de ne pas se perdre. Summer Palace parviendra à conter la sensorialité, la pureté de la nudité, ces passions qui embrasent les corps et viennent guérir notre solitude. « Prendre le désir à la légère entrave l’action. C’est dans l’amour que je l’ai compris ». L’amour… Il sera ici toujours corrompu, voué à douleurs, répétitions des schémas et rouages destructeurs, au mieux tromperie et illusions. Pourquoi pas ? Mais après ?

Une histoire de Chine adulée, encensée, gangrenée, mélangée, métissée, modernisée, profusément charnelle. Toujours cette Chine de l’entre-deux. Entre tradition et modernité, entre culture patriarcale et légèreté des moeurs. Entre grands destins et futilités des itinéraires particuliers. Pekin/Berlin, Moscou/Shenzen… D’un mur à l’autre, c’est toujours la même histoire.

Sabrina



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