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Flandres

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 30.08.06


LA BESTIALITE





- Je peux quand même essayer de tenter ma chance. (…)
- Tu vois, c’est pas très intéressant.

N’est pas Tanovic qui veut… Surtout en matière de guerre, vie de front et explorations intérieures sur ces territoires propices à minimalisme - des Flandres, région déchirée par nos guerres passées et déjà en elle-même scindée, à ces vastes contrées désertiques exposées plein Sud. Moyen Orient, Maghreb, Afrique ? On ne saura rien du conflit sinon, qu’il aspirera nos jeunes soldats dans la folie meurtrière.

Facile, sec et sans le moindre intérêt. Bruno Dumont commencera par saler la note avec ses protagonistes même. Jeunes agriculteurs incultes, quasi autistes, archaïques et terre à terre : nos misérables lurons en auront bien lourd à porter. On remue nos champs à coup de bulldozer, on nourrit les cochons, on éjacule précocement entre les jambes blanches porcelaines d’une jeune fille pas moins paumée, on s’ennuie en fatale compagnie villageoise, on attend que le temps s’égraine au fil des saisons et phases de semences. Leçons de mécanique ?

Dumont s’ensable. Climats et situations vaines, dialogues sans consistance, scènes de baise au service de l’animalité masculine pour tenter de combler (du moins, on l’espère) la femme en tous points stérile : le réalisateur nous invite au voyage (c’est déjà ça dans son cinéma) en territoires présumés épurés, de ces quatre éléments embrumés au soleil de plomb, de la neige septentrionale à ces rocailleux no man’s land, nous faisant aller et venir au bon vouloir d’un maladroit montage parallèle qui nous tirera vers ce qui désormais tend à devenir la griffe du cinéaste : cet ennui du spectateur limite convoité par Dumont, son impuissance à gérer la distorsion dont il se fait aujourd’hui définitivement apôtre sur pellicule, que cette distorsion soit humaine, morale, temporelle ou filmique. Le néant. Quel spectacle !

On en arrivera logiquement à s’impatienter de voir nos jeunes appelés partir en guerre. Enfin vers un brin d’action ? (le terme reste relatif chez Dumont). Naturellement non. Nous voilà en partance vers une bien gratuite défaite d’horreurs, sans fins ni morale, Bruno Dumont s’amusant à faire passablement dérailler ses acteurs-objets. De crises de nerf en saturations (ah, ces fameux clivages et coups entre amis), du racisme en massacres sanguinolents (jurons hurlées à gogo, maltraitances, jeunes innocents abattus), de l’âme aux plus profond de nos tripes (isolement (auto)destructeur, viol collectif, vengeresse castration), Flandres nous voue – nous force - à grimper sur l’échelle de la barbarie. Les plus patients et conciliants dirons qu’au moins, cette fois-ci, il « se passe quelque chose » chez Dumont. Certes. Mais enfin.

Tout ça pour explorer le supplice ? So what ? Ne restera qu’une aventure réchauffée chez le cinéaste et son éternelle caméra plantée à même le sol, calqué sur quelques incontournables du genre mais largement à la traine derrière… Rien pour nous convaincre un temps soit peu. Que de bestialité arbitraire et artificiels signes de fragilité. Humaines ? Même le qualificatif semblera ici ne pas trouver sa place. Tout ça pour une histoire d’amour ? A fortiori d’amour salvateur ?

A quand Bruno Dumont avérément humoriste ?

Sabrina



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