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Uzak

Sélection officielle - Compétition
Turquie


Une souris et deux hommes





C'est qui ce "Bak" sur tous ces CD?

Telle une carotte prélevée sur un terrain en pleine activité sismique par un géologue appliqué, Uzak se voit comme un échantillon hautement représentatif du choc culturel qu’est en train de vivre le Proche Orient en ce début de millénaire. Les plaques tectoniques du passé et du présent glissent et se chevauchent et la montagne attendue en fin de cycle semble devoir accoucher d’une souris. L’état des lieux est en tout cas des plus enrichissants pour un occidental immergé dans ses propres repères de proximité. Celui-ci se reconnaîtra sans mal dans les aléas que subissent ces « nouveaux convertis » au modèle de la modernité. Isolement, difficultés de communication, frustrations, refuge dans le matérialisme pour palier l’absence d’aspirations… Tout parait devenir facile, maîtrisable alors que l’essentiel est désormais hors de portée. Pannes d’inspiration, de foi et d’amour, les hommes ne sont plus féconds. Les femmes quant à elles, sont aux abonnées absentes dans le film, indisponibles réduisant l’objectivité du témoignage au comportement typiquement masculin. Un peu dommage…
Les racines sont coupées, proclamées obsolètes car non compatibles avec la marche forcée du progrès, avec la norme de ses critères (snobisme du parvenu...). Le constat est inquiétant, Nuri Bilge Ceylan choisit avec une pertinence certaine et un grand soin ses situations explicites. Leur familiarité s’accompagne parfois d’une dérision salvatrice, le désespoir qu’elles dégagent confère souvent à la gravité. Le film prend son temps, il épouse littéralement les états d’âme de ses protagonistes. Pour signifier l’absence de perspective de ses deux compagnons d’infortune, le réalisateur semble en effet suspendre le temps, selon les cas cela se justifiera largement, sur certaines scènes, le procédé marque le pas sur d’autres.
En conclusion de ce cri d’alarme sur crise identitaire, le cinéaste turque nous fait grâce d’un final pessimiste puisqu’il a su laisser avec générosité une pointe d’espoir qui sauve son film d’une trop grande dépression. Poignant et authentique.

(PETSSSsss)





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