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Elsa Zylberstein
Bernard Giraudeau
Michel Piccoli

 

Ce jour-là (Ce jour-là)

Sélection officielle - Compétition
Suisse


Être Marteau





«- Je suis fou. - Dîtes pas ce mot. J’aime pas ce mot.»

C’est une histoire de fous qui aurait pu ravir un Raymond Devos. Ces gens là n’ont pas toute leur tête. D’ailleurs, elles sont salement amochées sur la fin. Sauf le visage pur et lisse d’une Madone sanctifiée, icône religieuse qui croit aux anges, incarné par la parfaite Elsa Zylberstein. Tous les acteurs semblent adorer se laisser glisser dans cette aliénation familiale macabre. Un jeu de massacre. Au milieu de ces histoires de sous, Bernard Giraudeau, pas moins taré, traîne son regard halluciné et créé des actes hallucinants. « Vous êtes ailleurs » lui dit-elle. De fait, il n’est pas tout à fait dans le film. Chacun reste dans sa démence. Et le spectateur aussi.
Certains comprendront, d’autres seront largués au bord de la route, dès le premier ange déchu. Et puis il y a ceux qui s’amuseront de ce jeu de pistes où l’humour noir guide le tragicomique (le meurtre de Roland est digne d’un cartoon). C’est évidemment baroque et grand guignolesque, ésotérique et symboliste à l’extrême. Un peu trop parfois. Cela vire au « kétaine ». Pire, l’aspect répétitif et l’absence de renouveau entraînent le film vers un léger ennui.
Pourtant, il y a des plans magnifiques, un véritable sens du cadrage, une audace dans l’image. Mais que de temps perdu pour se retrouver vers un film qui aurait pu être beaucoup plus jouissif, dans la lignée de son chef d’œuvre, Généalogies d’un crime. Certes, comme d’habitude, il faut décoder Ruiz, des tapisseries de la Licorne à l’astrologie aztèque en passant par la pomme rouge. Les personnages, tous un peu déjantés, complètement cyniques, sont bien plus corsés que dans les récents Chabrol. Le propos sur le modernisme et le progrès est déjà plus confus. Et sa vision de la Suisse – recluse, cupide, bureaucratique – permet peut-être de démentir certains propos qu’on pourrait croire vieillissants.
Cependant, Ruiz, en habile génie des non-sens, fait de cette sanglante affaire un objet drôle et dépaysant. Si vous lui donnez un marteau, il tuerait frères et père, avec jubilation. Le film est hélas trop inégal. Trop décousu. «J’aime pas le succès» nous avoue le porte bonheur Treffle (Balmer). Ce film là ne courre pas non plus après. C’est dommage de gâcher tant d’amour à donner.

(Vincy)

Vincy



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