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The Great Ecstasy of Robert Carmichael

Semaine critique - Films en sélection



VIOL & VIOLONCELLE





"- Passe-moi la bouteille..."

Film à ne pas mettre entre tous les yeux. 90% du film regardable. 10% un cran au dessus de l'insupportable. Irréversible. Entre Larry Clark (dans la description réaliste du monde adolescent), Ken Loach (la manière de dépeindre une Angleterre paumée et sans emploi) et pour la séquence finale, ... Gaspar Noé?
Dans ce monde sans morale, sans valeurs, sans lois, rempli de désespoir, de détresse, il y a de quoi péter les fusibles. Et de fait, le pétage de plomb est à la hauteur de cette horreur humaine. Cette grande extase n'a rien d'un orgasme. Il s'agit d'une sensation extrême proche de la destruction. La drogue étant le moyen le plus simple pour y accéder, et ainsi s'échapper d'un réel insupportable. Et parce que cette société est injuste, la violence, sourde, explosera, logiquement, et s'épanchera sur les "responsables" : célèbres, chanceux, friqués. Haneke s'étant assagit et la violence étant le thème récurrent du cinéma contemporain, nous sommes presque "rassurés" de voir un film établir un lien entre la précarité sociale des jeunes (ceux que Chirac ne comprend pas) et la rage agressive qu'ils contiennent (et qui un jour va nous exploser à la gueule). Les moralistes et les bobos trouveront le film cynique et choquant. Il est au contraire instructif. Evidememnt inquiétant.
Ce qui ne signifie pas que nous adhérons. Passé le choc visuel, le film souffre de trous béants dans le propos et d'une psychologie parfois un peu floue, pour ne pas dire caricaturale. Mais le cinéaste sauve toujours ses personnages grâce à des scènes qui rendent les agresseurs plus humains. La communauté est soudée, admirablement observée. Des gens simples qui cherchent à défier leur triste fatalité. L'un trouve la paix en pêchant, l'autre se sent bien dans sa famille, et le fameux Carmichael se réfugie dans le violoncelle...
La morale du film serait que nous ne donnons plus de chance aux jeunes pour construire un avenir. De cette frustration, de ces espérances déchues, naissent l'ennui, les embrouilles et finalement une délinquance qui s'aggrave... La mise en scène n'a rien d'obscène. Sans révolutionner le genre, elle met en valeur un scénario qui construit patiemment son piège, sa fin inéluctable. En le démoralisant, le réalisateur laisse à son trio de jeunes de beaux lendemains. Le jour se lève sur une société, vengée, un crime, impuni, et des ados devenus bêtes. Transformés en être dés-éduqués. Une extase qui en fait n'est qu'une petite mort, une société en décomposition... qui s'autcongratule en écoutant du Purcell. Manière d'oublier notre destruction, ou de résister, en vain, à notre suicide...

vincy



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