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Match Point (Match Point)

Sélection officielle - Hors compétition
/ sortie le 26.10.05


THE WOMAN IN WHITE





«- Je veux que tu me mettes enceinte ! Tu peux le faire avec ton puissant service.»

Et si nous vous annoncions que ce film n'était pas une réalisation de Woody Allen? En effet, qui pourrait croire derrière ce mélo tragi-comique, d'une durée hollywoodienne (2 heures et quelques), situé à Londres, a la patte de ce cinéaste-auteur culte, plutôt voué aux comédies dramatiques new yorkaises de 90 minutes?
Woody Allen, un label à lui tout seul, est sorti de ses sentiers battus, et nous offre là un film "classique" où ses thèmes évidemment se croisent. Fans ou non, Match Point est avant tout une histoire d'amours et de passions, de guerres intimes et de paix intérieures, de crimes mais pas de châtiments. Quoique. S'il explore, et approfondit, sa réflexion sur notre monde binaire (gagnants, perdants; amour, luxure; rire, larmes; mérite, chance...), le scénariste trouve surtout un nouveau cadre pour régénerer son cinéma. Tout en utilisant les Maîtres (de Verdi pour l'Opéra à Dostoievski pour la littérature), et à partir d'un postulat (tout est question de chance dans la vie), il poursuit la veine de Melinda & Melinda, en préférant toujours la vision optimiste de la vie, mais en assumant le côté tragique.
Mais la jubilation procurée par Match Point vient du fait que l'histoire est romanesque, romance à l'ancienne et dilemmes éternels. Bien sûr cela traîne un peu en longueur sur la fin, Allen se prenant de pitié pour les tourments de son héros. Le personnage de Scarlett est même sacrifié sur l'autel de répétitions futiles. Quelques scènes familiales auraient pu nous être épargnées, puisque toute morale est vaine dans ce final cynique et hilarant. Le "twist" est sans aucun doute le plus génial de ces dernières années, tellement il se moque ouvertement de cette astuce scénaristique surexploitée par les Studios ces derniers temps. Car Woody, non content de réaliser un film grand public, loin de ses propres caricatures, se paie la tête du cinéma contemporain. En creux et en relief. En creux, parce qu'il a écrit des scènes à la manière des comédies de l'âge d'or (années 30 et 40), quand la censure empêchait de tout dire et de tout montrer. De sous-entendus graveleux en répliques dignes d'un Stand Up, Allen s'éclate. Témoin, cette première séquence où il "introduit" Scarlett Johansson, femme fatale : première phrase en voix off "Qui est ma prochaine victime?". Plan suivant : on ne voit que sa poitrine, tendue sous un chemisier presque trop serré. Irrésistible. Impossible de la regarder dans les yeux, pourtant aguicheurs.
En relief, parce que, des comédies britanniques aux productions américaines actuelles, le cinéaste s’autorise quelques critiques soulignant leur manque de profondeur… Parfois, le film se mue en pastiche (involontaire ?) moqueur à l’égard d’un cinéma en quête de sensations. Prenons exemple sur cette scène de « cul sauvage » entre Jonathan (sexy) et Scarlett (sexy), où l’outrance de l’effusion devient hilarante. Idem lors de leur premier baiser, sous un orage magnifié, chemises mouillées avec quelques dialogues clichés (« Tu culpabilises ? », « On ne peut pas faire ça ! », « Ca ne nous mènera nulle part. »). Car Allen n’a pas perdu sa verve pour des répliques tordantes et de l’humour décalé (on lit Crimes et Châtiments et la seconde suivante un manuel d’explication sur l’œuvre). Mais il se permet une réalisation soignée, élégante, chic. Malgré quelques langueurs. Il utilise essentiellement les deux astuces qui ont fait son succès : les points communs extravagants ou banals d’un côté, les oppositions entre deux choix extrêmes (on est soit Henman soit Agassi).
Mais ce qui nous plaît c’est quand il sort de ses propres codes, et prend Renoir comme référence, vantant les êtres bâtards au détriment d’une bourgeoisie aristocratique anglais, qu’il n’épargne pas tant que ça. Il retrouve ainsi une nouvelle jeunesse au contact de comédiens adéquats. Dans cette variation immorale d’un Monsieur Ripley « qu’on prend toujours pour un autre » en proie à ses démons, il nous transporte dans un mélo passionné et burlesque, un film que nous n’attendions plus de sa part. Rassurez-vous, les névroses sont toujours présentes, et elles s’allient même à merveille, comme le dit un personnage.
Cependant, cela reste un film sur la perte : celle de l’innocence, du contrôle, d’un certain cinéma. Derrière les pressions de la société, l’égoïsme de chacun, le seul être authentique, sincère, se perdra aussi. De détours en déviations, le film aboutira à une mascarade pas forcément drôle, mais un épilogue digne d’entrer dans une cinémathèque.

vincy



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