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Kilomètre Zéro

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 14.09.05


GOODBYE SADDAM!





«-Pour ne pas perdre ma tête, j’ai sacrifié ma jambe.»

Hiner Saleem nous avait fait espérer un joli conte de l’absurde avec son Vodka Lemon, poétique et amer, enfermé dans les paysages enneigés de l’Arménie. Kilomètre Zéro préfère les terres arides et les sols brûlés du Kurdistan irakien. Malgré les paysages vierges, la prison – politique – est réelle. Voilà un beau sujet à matière.
Las, les méandres vains d’un scénario asséché rendent ce périple, entre road-movie et exil, sans intérêt. A l’instar de Sami, souffre-douleur, nous descendons à reculons. Quelques bonnes idées cinématographiques ne sauvent en effet pas une œuvre chaotique qui laisse un goût pâteux dans la bouche.
On comprend bien la volonté du cinéaste, son dessein, de défendre la minorité Kurde. Louable et même indispensable. Mais son incapacité à vouloir nous emmener en dehors du réel, vers une utopie plus légère que cette démagogie anti arabe (traité de «traître»), nous distrait. De toute manière, personne ne se parle dans ce pays : les rapports entre Kurdes et Arabes se résolvent en bagarres de garçons ou conversations sans mots. Cela ne fait pas un discours. A moins que ce silence, ce mutisme résigné ne soit le discours…
Loin d’un No Man’s Land ou d’un Intervention divine, films cannois qui s’en rapprocheraient, le manque d’humour nuit gravement au souhait de montrer l’absurdité de ce pays et surtout de ce régime. Dans les meilleures séquences – celles à Bassorah, sur la ligne de front – la lâcheté des hommes face à la guerre rivalise avec la lâcheté de cette guerre face à son peuple. Saleem révèle un pays de mutilés, de martyrs reniés, de déserteurs… Le film prendrait alors du sens et même une certaine empathie. Quand Sami imite Anita Ekhberg en train d’invoquer Marcello, et parler de seins appellent de bêtes obus, cela nous fait sourire.
Dans ce pays de solitude, où les peuples paraissent irréconciliables, les Taxis de l’Euphrate avancent comme des corbillards, suivis de statues à la gloire du grand chef. Kilomètre Zéro pourrait se résumer à cette seule allégorie, aussitôt gâchée par une stupéfiante vache qui chie. L’incompréhension nous gagne. L’ennui aussi quand on voit Saleem répéter l’idée de Vodka Lemon, avec un lit qui se balade comme un traîneau. Alors certes, la beauté visuelle et sonore du film nous émerveille, mais cela ne compense en rien une œuvre aux contours primitifs. Pour ne pas dire caricaturale> La mise en scène très théâtrale à ciel (bleu) ouvert, accentuée par des cadrages soignés mais statiques, ne valorisent jamais des personnages trop linéaires, pour ne pas dire simplistes.
Kilomètre Zéro pourrit de l’intérieur comme ce soldat transporté dans un cercueil. Saleem justifie la libération par les Américains (sans faire de l’américanophilie primaire) mais ne propose jamais un au-delà à la Liberté tant rêvée. «Notre passé est triste, notre présent est tragique…» A l’image du film, endeuillé et se lamentant. Sans possibilité de s’ouvrir aux autres. « …mais heureusement nous n’avons pas d’avenir. » De fait, Hiner Saleem ne nous laisse deviner aucun futur meilleur pour cet Irak détruit et autodétruit.

vincy



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