Choix du public :  
 
Nombre de votes : 255
 












 
Partager    twitter



festival-cannes.com
Emmanuelle Béart
Andr&

 

Les égarés

Sélection officielle - Compétition
France


Souvenirs d’an 40





- Ca vous dérange si je chante en Allemand ?

Le film est une parenthèse. Elle s’ouvre sur l’exode et ses bombardements. Elle se ferme sur la capitulation et les arrestations. Entre les deux, les pendules se sont arrêtées, le temps se décale, se suspend. Quelques jours de juin 1940 en France. Téchin� s’aventure dans un terrain plus familier qu’on ne le croit. Certes il n’a pas connu cette époque. De même, il n’a pas l’habitude des scènes � grand spectacle. Pourtant ces deux plans séquences (ouverture, fermeture) sont maîtrisés. De même il revient � une image plus lisse, plus belle (celle d’Agnès Godard). Les clairières sont vertes et les champs très dorés.
Autant l’avouer : il s’agit sans doute de son film le plus accessible pour le grand public. Il s’agit d’une commande, � l’origine ; et le cinéaste n’a fait aucun compromis. Il a amen� le roman � ses thèmes, � sa manière de filmer. Il en résulte une belle œuvre.
Il y a des moments o� il faut agir au lieu de se poser des questions.� Téchin� avait peut-être envie de séduire. Plutôt que de s’agiter dans tous les sens. Les Egarés reprend des séquences de ses précédents films. Il se cite lui-même, rarement en mieux. Incomparable, la scène de la baignoire avec Béart est moins forte que la baignade de Deneuve et Cote dans Les Voleurs. Mais c’est surtout du cot� du Lieu du crime qu’il faut regarder. Mêmes paysages ensoleillés, même tragédie annoncée. L� aussi le crime est sexuel : un tabou, celui d’une femme (ici veuve, � l’époque Deneuve était divorcée), une mère courage dépassée par la maturit� de ses enfants, qui couche avec un (très) jeune voyou. La scène de cul offre une variante (les Roseaux sauvages sont passés par l�) : le garçon (aux yeux gris) ne connaît que la sodomie pour l’avoir pratiquée avec d’autres garçons. Tout cela n’est dit qu’à demi mots, avec une subtilit� très naturelle. Ce crime sera punie de la même manière : les gendarmes arrêteront la coupable et le destin sera fatal au jeune homme. Le même visage transfigur� apparaîtra chez Béart, comme 17 ans avant chez Deneuve (� Cannes aussi). Etrangement, les deux s’étaient déj� pass� un relais dans 8 femmes.
Téchin� est � la recherche de sentiments perdus, les siens et ceux de ses personnages. Il est psychologiquement le plus juste et le plus précis quand il s’agit des enfants. L’écriture des personnages de Béart et d’Ulliel est plus légère et presque insipide. Il manque des moments intenses, une profondeur réelle, palpable, (except� vers la fin). Les comédiens, étonnamment, n’arrivent pas � faire mieux que ce qui est écrit. Béart ne commence � convaincre qu’avec des adultes en face d’elle et le jeune Ulliel n’a pas le temps d’installer sa folie, sa brutalit�, trop concentr� � faire passer une certaine sensibilit�. Mais les deux sont très beaux, et le charme opère, malgr� tout. Tous les deux sont sévères et perdus.
Mais pour une fois, Téchin� ne les égare pas dans les méandres d’une histoire � tiroirs. Le spectateur y perd en émotions vécues. Mais le film y gagne en fluidit�. Aucun temps mort. Le scénario est linéaire, régl� comme une montre suisse, et nous restons enfermés avec intérêt dans ce manoir coup� du monde. L’humour n’est pas absent. Ni l’intelligence. Téchin� réussit l� un film propre � son talent, � ses obsessions. Seule son exigence et son audace se sont atténuées au profit d’un film plus convenu. Cet exode peut être le chemin qu’il devait parcourir pour passer � la prochaine étape� Et revenir chez lui.

(Vincy)

Vincy



(c) ECRAN NOIR 1996-2017