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La Petite Lili

Sélection officielle - Compétition
France


CHECK-UP TCHEKHOV





Mais selon toi, pour qu’une œuvre soit intéressante, il faut qu’elle soit maudite alors… ?

« C’est curieux comme les gens passent leur temps à parler ici, ils parlent, ils parlent, ils parlent… » Réplique à première vue anodine du nouveau film de Claude Miller, entièrement dédié à sa passion du 7ème art, cette phrase est à elle seule un clin d’œil malicieux à une tradition de notre cinéma, indéniable reflet d’un pays verbeux. L’allusion n’est pas isolée, puisque cette Petite Lili – adaptation fort à propos de la pièce La Mouette de Tchekhov - est l’occasion pour le cinéaste de se lancer dans un état des lieux de sa profession, mais surtout de son parcours schizophrénique d’homme tout court et puis d’homme d’image forcément. Pour ce faire, Miller se décompose, projetant autant de facettes intimistes dans ses multiples personnages. On trouvera chez Julien (Stévenin), Miller jeune cinéaste fougueux s’interdisant tout compromis pour ne pas pervertir son intégrité de jeune auteur en devenir. Brice (Giraudeau) sera plus proche du Miller cinéaste qui taille la route, voleur d’existences pour nourrir son œuvre, voyeur, manipulateur… coupable ? Simon (Marielle) quant à lui incarne l’homme mur, apportant une vision détachée du milieu grâce à sa verve caustique.
Mais la rétrospective ne s’arrête pas à la seule introspection du vécu du metteur en scène. Celui-ci englobe les autres acteurs de son univers dans sa mise au point individuelle. Il y a cette projection test d’une première œuvre d’auteur en petit comité de spectateurs privilégiés. L’occasion d’inviter le public et la critique, d’évoquer les divergences d’opinion auxquelles il est impossible de ne pas se confronter sous peine de rester incompris, rejeté. Et puis le temps passe, le constat est amer, il faut se plier aux contraintes extérieures pour évoluer, quitte à tirer un trait sur les plus ardentes aspirations. Comment conserver l’énergie des débuts sans perdre l’essence des motivations, celle qui fait avancer. La question touche les acteurs, les cinéastes, les gens en général.
L’exercice est sincère et évite la démarche mécanique du bilan analytique par son ton juste et enlevé (merci Marielle !!). Il ne permettra pourtant pas à Claude Miller d’ajouter une pièce maîtresse à sa filmographie, tout au plus un film parenthèse pour une respiration. C’est de saison à Cannes, puisqu’un grand nombre de ses confrères paraissent s’y être glissés le mot pour tous s’accorder le luxe d’un temps de réflexion au détriment d’une véritable fertilité artistique. Demain se fait bien pressant…

(PETSSSsss)

PETSSSsss



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