Production : El Deseo
Réalisation : Pedro Almodovar
Scénario : Pedro Almodovar
Montage : José Salcedo
Photo : José Luis Alcaine
Décors : Mara Matey
Distribution : Pathé Distribution
Son : Miguel Reyjas
Musique : Alberto Iglesias
Costumes: Bina Daigeler
Directeur artistique : Salvador Para
Durée : 121 mn

 

Penelope Cruz : Raimunda
Carmen Maura : Grand-mère Irène
Blanca Portillo : Agustina
Carlos Blanco : Emilio
Yohana Cobo : Paula
Chus Lampreave : Tante Paula
Lola Duenas : Sole

 

festival-cannes.com
Site officiel
L’ "Almodovar Exhibition" à Cinémathèque Française sur EN

 

Volver

Sélection officielle - Compétition
Espagne / sortie le 17.05.06

VOLVER POUR REVENIR





Il était membre du jury en 1992, aux côtés du président Depardieu, de Jamie Lee Curtis ou encore Lester James Pieres. Cette année là - année de ses Talons aiguilles - Bill August (Les meilleurs intentions) et James Ivory (Howards End) décrochaient respectivement Palme d’Or et Grand Prix. Adulé de tous depuis 1980, Pedro Almodovar aura attendu son 13è film avant de monter les marches au rang des heureux sélectionnées : en 1999, le somptueux Tout sur ma mère - ode à la sienne disparue et toutes ses mères espagnoles - raflait le Prix du Jury sous la présidence de David Cronenberg. Un des films les plus plébiscités d’un palmarès en demi-teinte. En 2004, notre grand cinéaste de la féminité, de l’homosexualité, de la maternité, de tous ces amours conjugués au-delà de la mort, fera l’ouverture du Festival avec La mauvaise éducation. Toujours transgenre, toujours tranchant, après son beau et mélancolique Parle avec elle. En attendant que les projecteurs chauffent en ce prometteur mois de mai 2006, n’oublions pas que Volver signifie revenir…

Sorti mi-mars dans les salles espagnoles, Volver y sera resté trois semaines en tête du box office. Après 5 semaines d’exploitation il cumulait déjà 7 millions d’euros de recettes sur le sol espagnol (à titre comparatif, actuellement, V For Vendetta y a fait 2,5 millions d’euros). A parcours égal, en 2004, La mauvaise éducation en cumulait 1 de moins… Des marches à nos écrans, puisque fleur Penélope Cruz saura parfaitement suplomber notre sexy Gaël Garcia Bernal, et puisque la Cinémathèque Française nous tient en haleine depuis début avril avec son "Almodovar Exhibition" (voir catalogue), attendons l’événement en toute impatience.

De ses Fleurs et son secret
Eternels odes à la femme... En l’absence de la grande Marisa Paredès, Carmen Maura reste de ses actrices toujours magnétiques, toujours poignante, toujours drôle et sensible, toujours vraie devant la caméra du cinéaste - almodovariennes dit-on désormais - qui en dépit des années passant ne manque pas de poursuivre sa parfaite ascension dans le cinéma européen. "Elle n’a rien appris parce qu’elle savait déjà tout, mais conserver ce feu intact tout au long de deux décennies est un exploit admirable et difficile ", relève le cinéaste. "Je n’imaginais pas combien nos retrouvailles étaient attendues. Je suis surpris du nombre de personnes qui m’ont dit qu’elles se réjouissaient de ce que Carmen et moi retravaillons ensemble! Une chanson de Chavela Vargas dit ‘On revient toujours sur les lieux du passé où l’on a aimé la vie’. Cela peut aussi s’appliquer aux personnes".
Bien que moins typée chez le réalisateur, signatures hollywoodiennes obligent, la madrilène Penélope Cruz, pourrait bien à son tour confirmer cette sensibilité précieusement almodovarienne, après ses performances à l’affiche d’En chair et en os et Tout sur ma mère. Almodovar se souvient : "Il y a sept ou huit ans dans En chair et en os, elle jouait une petite pute ordinaire qui accouche dans un autobus. C’était dans les huit premières minutes du film et Penélope crevait littéralement l’écran". Quant à son personnage de Raimunda dans Volver, que de louanges! "Une force de la nature qui ne recule devant rien, nous dessine-t-il, la comparant aisément à Carmen Maura dans "Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça?" ou encore, fort de sa sensualité, Sophia Lauren à ses débuts.
Autre actrice fétiche que l’on retrouve sous la direction d’Almodovar : Chus Lampreave, qui signe ici sa huitième collaboration avec le cinéaste. Pas moins! Lola Duenas (Parle avec elle, Mar Adentro, 20 Centimètres) et Blanca Portillo, plus méconnue au grand écran, viennent compléter ce quintuor de déesses.

DE LA VIE SECRETE DE SES MOTS : ALMODOVAR CONFESSE

Tout ce qu’il manquait sur ma mère
"Volver [Revenir] est un titre qui englobe pour moi plusieurs retours. Je suis revenu un peu plus à la comédie. Je suis revenu à l’univers féminin, à la région de la Mancha. (…) Je me suis remis à travailler avec Carmen Maura, dix-sept ans que cela ne nous était pas arrivés [depuis Femmes au bord de la crise de nerfs], avec Penélope Cruz, Lola Duenas et Chus Lampreave. Je suis revenu à la maternité, comme origine de la vie et de la fiction. Et, tout naturellement, vers ma mère. Revenir vers la Mancha est toujours un retour au sein maternel.".

Le labyrinthe à passions
"J’ai l’impression, et j’espère que ce n’est pas un sentiment passager, que j’ai réussi à emboîter une pièce manquante. (…) Cet élément dont je parle, c’est ‘la mort’, pas seulement la mienne où celle des êtres que j’aime, mais la disparition inéluctable de tout ce qui est vivant. Je n’ai jamais pu ni l’accepter, ni la comprendre. (…) J’ai l’impression avec ce film d’avoir fait un deuil nécessaire, un deuil indolore. J’ai comblé un vide, j’ai pris congé de quelque chose (ma jeunesse ?), que je n’avais pas encore quitté, alors que je devais le faire, je ne sais pas…".
"En dépit de ma condition de non-croyant, j’ai fait venir le personnage (de Carmen Maura) de l’au-delà. Je l’ai fait parler du ciel, de l’enfer et du purgatoire. Et, je ne suis pas le premier à la découvrir, l’au-delà est ici. L’au-delà est ici bas. L’enfer, le ciel ou le purgatoire, c’est nous, ils sont à l’intérieur de nous, Sartre l’a dit bien mieux que moi".

Sachez que le film est inspiré d’un fait divers survenu à Porto Rico : l’histoire d’un homme séparé qui, lacéré par la longue absence de sa femme, décida de tuer la mère de celle-ci pour s’assurer de la revoir à l’enterrement. Morbide? Chantons l’arsenic! Reste qu’il n’y a qu’Almodovar pour dépasser la perversion, sublimer les être primitifs, et faire briller les fêlures de chacun. Et de tout à chacune...

Un mélange de réalité et de fiction, l’histoire de trois générations de femmes dans un village imaginaire, le rapport de ses habitants à la mort… Un retour sur la vie, un retour à la vie. En ces temps printaniers, après le sublime The Secret Life of Words (La Vida secreta de las palabras), qu’il a produit et qui vient de sortir sur nos écrans, Almodovar respire.

Sabrina



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