Production : sinomovie.com, Orly film, Paradis films
Réalisation : Hou Hsiao Hsien
Scénario : Chu Tien-wen
Photo : Mark Lee Ping-Bin
Décors : Hwarng Wern-Ying
Distribution : Ocean films
Durée : 135 mn

 

Chang Chen : Chen, M. Chang, Zhen
Shu Qi : May, Ah mei, Jing

 

festival-cannes.com

 

Three Times

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 16.11.05

Juste avant sa sortie française, les Oscars taïwanais, les Golden Horse, ont décerné le prix d'interprétation féminine de l'année à Shu Qi pour son triple rôle dans Three Times face à la déferlante (chinoise) Kung-Fu Hustle. Mais aussi le prix du meilleur film taïwanais et du meilleur réalisateur taïwanais.




Cela compense l'absence d'Hou Hsiao Hsien au palmarès cannois. Le cinéaste a déjà reçu un Lion d'or mais a du se contenter d'un prix du jury en 1993 sur la Croisette. Maigre consolation pour celui qui y a présenté 5 films parmi les plus impressionnants esthétiquement ces dernières années.
A l'origine, et à l'instar d'Eros ou de New York Stories, le film devait être réalisé par trois cinéastes différents. "L'idée était que chacun s'inspire de sa propre expérience, de ses propres souvenirs musicaux, et dessine ainsi un point de vue spécifique sur l'amour" explique Hou Hsiao Hsien. Lorsque le projet se transforme en oeuvre complète signée du réalisateur, la dernière partie évolue en étant transposée à notre époque plutôt que dans les années 80. Il s'en justifie : ""L'idée originale n'a aucun lien avec la politique. Je voulais simplement raconter trois histoires d'amour se déroulant à des époques différentes. Je me suis attaché, plus précisément, aux différences qui existent entre elles. J'ai choisi l'année 1966 parce que l'histoire émane d'un souvenir personnel lié à cette période. Avant mon service militaire, j'avais pour habitude de courir après celles que l'on appelait "les filles de billards", dans les salles de jeux. L'année 1911 est un moment historique idéal, qui représente un contraste entre l'expression du désir chez l'homme et chez la femme. Lui ne pense qu'à la révolution et à la libération de Taïwan du joug japonais, tandis qu'elle n'est conduite que par la recherche d'une sécurité affective. Et enfin 2005, pour une histoire basée sur la vie d'une jeune femme aujourd'hui à Taipei.".
En conférence de presse à Cannes, il approfondit son explication : "Les meilleurs moments qu'on a vécus sont définitivement perdus. La seule façon de les retrouver, c'est de faire appel à sa mémoire. Le cinéma est un outil qui me permet de conserver ces souvenirs. Je pense que tout ce qu'on vit est susceptible de devenir un de nos futurs "meilleurs souvenirs", c'est pourquoi j'ai souhaité tourner toutes ces petites séquences, qui captent des moments différents."
Mais surtout on peut y voir un écho à trois de ses films précédents : respectivement, Les garçons de Feng Kuei, Les fleurs de Shanghai et Millennium Mambo. Le tournage fut tout aussi complexe : "Aujourd'hui, à Taïwan, il n'y a plus trace de la vie quotidienne telle qu'elle était dans les années 60, qu'il s'agisse des objets ou de l'architecture. C'est pourquoi, dans cette première partie, j'ai choisi de me concentrer sur les personnages. Et c'est pour cette même raison que, dans la deuxième partie, qui se déroule en 1911, j'ai fait le choix d'un seul décor. Quant à la troisième partie, si elle semble plus morcelée, c'est parce je voulais y exprimer le désordre qui correspond selon moi à la réalité taïwanaise contemporaine."
La gageure se répétait pour le travail de Shui Qi : "Ce qui n'était pas évident, c'est que je devais parfois passer, en quelques jours, d'un personnage à un autre, et donc m'adapter rapidement. D'autre part, Hou m'a donné beaucoup de travail de préparation. J'ai dû apprendre à jouer au billard pour la première partie, apprendre ce chant très particulier et difficile qu'est le nanguan pour la deuxième, et apprendre l'anglais pour la troisième." La comédienne était déjà la muse du Maître dans Millenium Mambo; on l'a aussi vue dans The Transporter. Quant à Chen Chang, ancien top model de Lacoste, nous l'avons surtout remarqué chez Wong Kar-wai (Happy Together, 2046, The Hand) et bien évidemment dans Tigre et Dragon. Ce n'est donc pas un visage inconnu par les festivaliers.
Le film faisait partie du contingent asiatique, en sachant que Taïwan est considéré par la Chine comme l'une de ses provinces. Ce qui avec Election (Hong Kong) et le primé Shanghaï Dreams feraient trois films venant de l'Empire du Milieu, 100 ans après la naissance du cinéma dans ce pays.

vincy



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