Une pure coincidence
Fiche technique
Production : Les Films du Losange
Réalisation : Romain Goupil
Scénario : Romain Goupil
Montage : Nicole Lubtchansky
Photo : Romain Goupil
Son : Sophie Chiabaut

Durée : 92 mn

Alain Cyroulnik
Romain Goupil
Olivier Martin
Nicolas Minkowski
Jean-Baptiste Poirot
Christian Portal (Coyotte)

Interview Romain Goupil

Festivalcannes.org
Quinzaine des Réalisateurs
 

 

Une pure coïncidence

France / 2002 /
présenté à la Quinzaine des réalisateurs le 17 mai 2002

Un sans-papier contacte un jour Romain Goupil pour l’informer du racket exercé par des passeurs. Il lui désigne un bureau de change parisien chargé de récolter les fonds des clandestins. Romain Goupil en discute immédiatement avec Pascale Ferran, Tonie Marshall, deux amies cinéastes, qui lui conseillent de tout filmer. Le réalisateur informe alors ses amis, Olive, Nicolas et Alain de la situation. De repérages en discussions, tout est filmé de A à Z. Jusqu’au moment où les complices décident de passer à l’action contre cette officine de trafic humain. L’objectif n’est pas simple, d’autant que la police est aussi sur l’affaire.

Romain Goupil a été révélé voilà vingt ans à Cannes, où il avait obtenu la caméra d’Or en 1982 pour " Mourir à trente ans " (par ailleurs César de la meilleure première Žuvre). Depuis, le réalisateur a tourné cinq films : " La java des ombres " en 1983, " Maman " en 1989, " Lettre pour L. " en 1993, " A mort la mort " en 1999 et donc "Une pure coïncidence " en 2002. En parallèle à cette carrière de cinéaste, Goupil a été à bonne école en étant de 1974 à 1990 l’assistant réalisateur de Coluche (" Vous n’airez pas l’Alsace et la Lorraine ", 1977) Chantal Akerman (" Les rendez-vous d’Anna " en 1978), Roman Polanski (" Tess ", 1979) et Jean-Luc Godard (" Allemagne année neuf zéro ", 1990). Rien que çà.

Au départ, Romain Goupil n’avait pas prévu de tourner ce film : vers noël 2000, Nicolas Minkowski demanda à son ami Goupil de réaliser un film sur son père qui était hospitalisé dont il s’était rapproché. Mais un soir, les six complices se retrouvent dans le jardin de Nicolas. Ce dernier a rencontré par hasard (d’où le titre " Une simple coïcidence ") un sans-papier qu’il lui a raconté comment il a été tabassé et racketté. Une histoire qui ne laisse pas insensible les ex-soixante-huitard, qui décident d’enquêter sur cette affaire louche d’officine de trafic humain. Mécaniquement, Romain Goupil filme tout de A à Z, sans savoir que cette histoire deviendra un jour un film. L’utilisation de la DV, caméra légère et pratique, se prête d’ailleurs assez bien au genre et permet au spectateur de suivre tous les phases de l'investigation. Depuis l’apparition du dogme, ce format ne cesse de séduire les réalisateurs tel Coline Serreau, qui avait entièrement son film " Chaos " (avec Vincent Lindon, Catherine Frot et Rachida Brakni) en DV.

Les six compères qui se connaissent depuis 1966, sont tous d’anciens gauchistes, ont suivit la même formation. Leur complicité est largement visible à l’écran. A noter aussi la présence de deux amies cinéaste de Romain Goupil : Tonie Marshall (" Vénus Beauté Institut " avec Nathalie Baye, Audrey Tautou, Mathilde Saignier et Samuel Le Bihan) et Pascale Ferran. Enfin, les observateurs apercevront furtivement Edwy Plennel, rédacteur en chef adjoint du journal Le Monde, lors de la scène d’anniversaire.

 

 

REALISME HASARDEUX

Loft Story et le principe de la télé-réalité risquent de prendre un coup de vieux avec " Une pure coïncidence " : ici rien n’est fabriqué. Pas de casting, juste une bande de copains en prise avec la réalité quotidienne, pas celle montée de toute pièce, où toute spontanéité est annihilée. A mi-chemin entre " MacGyver " , " Secrets d’actualité " et " Zone interdite ", " Une pure coïncidence " distille un plaisir évident, celui de suivre pas à pas une enquête sur une officine de trafic humain, réalisée par des as de la débrouille. La spontanéité semble même être le vecteur commun de la bande, à commencer par Romain Goupil qui n’hésite pas à inclure dans son film une dispute sérieuse avec sa fille. On pense aussi à " Ocean’s Eleven " en terme de complicité, sauf qu’il ne s’agit pas ici d’argent mais bien de vies humaines. L’enjeu est double, au moins : agir par amitié tout d’abord, poser les bonnes questions ensuite. Connaissant le passé soixante huitards de la bande, le spectateur ne sera guère surpris de voir le film prendre une tournure politique, surtout après l’appel des cinéastes de 1997. Pour autant, le film ne se réduit pas à la réunion de ces deux moteurs narratifs : la maladie, les nombreux anniversaires tout comme l’esprit militant des années 70 à qui perdure (on voit notamment Nicolas Minkowski laisser brusquement en voiture en pleine chaussée pour aller tabasser un colleur d’affiche du FN en plein jour). Face à cela, l’usage de la caméra DV, de par sa maniabilité, sa légèreté et sa petitesse ne sont pas sans rappeler l’usage du super 8 dans l’usage qui en est fait. Tout est filmé, sans exception et sans censure, en s’amusant de tout sauf des axiomes de départ et de leur amitié indéfectible. La frontière entre vérité et reconstitution est souvent ténue, mais permet néanmoins de livrer un film sans fioritures. Et la mise en scène, quasi-inexistante, fait qu’ " Une pure coïncidence " se rapproche davantage du documentaire que d’une fiction. Pourtant, le problème des sans-papiers reste hélas bien une réalité préoccupante. Romain Goupil et ses complices ont simplement eu le bon goût de traiter le problème sous un angle original et quasi-ludique (présence de maquettes et gadgets en tout genre), qui ne laissent aucune place au pathos et l’émotion facile bien au contraire. Un excellent travail d’investigation qui apporte un peu de sang neuf à genre (le documentaire) sclérosé, et dont nos confrères de la presse quotidienne et nationale seraient priés de s'inspirer à l’heure du thème rebattu de l’insécurité.

  (C)Ecran Noir 1996-2002