Production: Alain Sarde & Robert Benmussa
Réalisation: Roman Polanski
Scénario: Ronald Harwood, d'après le livre de Wladyslaw Szpilman
Montage: Hervé De Luze
Décors: Allan Starski
Costumes: Anna Sheppard
Photo: Pawel Edelman
Musique: Wojciech Kilar
Durée: 148 mn
Adrien Brody: Wladyslaw Szpilman
Emilia Fox: Dorota
Michal Zebrowski: Jurek
Ed Stoppard: Henryk
Thomas Kretschmann: Le capitaine Wilm Hosenfeld
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The Pianist (Le Pianist)
Palme d'Or

France / 2002 / sortie en salles le 25.09.02
Compétition/ Présenté le : 25.05.02

Pianiste juif polonais reconnu, Wladyslaw Szpilman perd sa famille, déportée par les allemands. Il va tenter de survivre dans Varsovie occupé, en tentant d'échapper aux soldats nazis.

Roman Polanski partage une histoire tumultueuse avec le Festival de Cannes. Membre du jury en 68 (le festival avorte à cause des événements de mai), il revient en tant que Président en 1991. Il a présenté 4 films. Macbeth (72) et le flop hué de Pirates (86), hors compétition. le bateau de Pirates s'ancra longtemps à Cannes. Avec The Tennant (Le Locataire) en 76, il est pour la première fois en Compétition, parmi les favoris, et repart sans prix. En 2002, et seulement 3 films en 10 ans, et aucun hit en 20 ans, il réapparait avec son Pianiste, film monté financièrement en 2000 au Festival de Cannes.
Il s'agit bien évidemment de son film le plus personnel. Lui-même fut enfermé dans un ghetto de Cracovie, il a aussi survécu aux bombardements de Varsovie. C'est son premier film en Pologne depuis 62! Dès la lecture des premiers chapitres, le réalisteur de Rosemary's baby et Chinatown savait que ce serait son film "rédempteur" après le médiocre et kitsch Ninth gate.
A l'origine, les souvenirs d'un pianiste, Wladyslaw Szpilman, rédigés juste après la guerre, mélangeant l'authenticité, l'atrocité, et l'objectivité d'une réalité proche. "Dans son livre, il y a de mauvais et de bons Polonais, tout comme de mauvais et de bons Juifs, de mauvais et de bons Allemands."
L'acteur était évidemment primordial. 1400 candidats se présentèrent. Polanski cherchait un professionnel anglophone. Il le trouva en Amérique, en la personne d'Adrien Brody, ni trop connu, ni inexpérimenté. Il avaité té remarqué chez Coppola, Soderbergh, Malick, Spike Lee, Levinson... C'est à Cannes, en 2000, qu'il fut révélé, avec un Loach (Bread and Roses).
Les décors furent tout autant complexes à monter pour exprimer la réalité d'alors. C'est Allan Starski, à qui l'on doit ceux de La Liste Schindler, Danton, Europa Europa, qui fut engagé. Le budget conséquent (35 millions de $) permit de reconstituer ce qui avait été détruit aux studios Babelsberg (Stalingrad). Mais Polanski a réussi à trouver quelques coins de rues historiques pour en abuser un peu et profiter ainsi de reposer sa caméra sur son sol natal. Pas étonnant qu'il ait dédié sa Palme aux Polonais.
La production s'est achevée il y a plus d'un an. Pendant la construction du projet, le véritable Szpilman (l'Homme qui joue, littéralement) est mort à l'age de 88 ans (le 6 juillet 2000). Pianiste célèbre dès les années 30, il travaille pour la Radio d'Etat quand Hitler bombarde Varsovie, en septembre 39. Cette invasion déclenchera la seconde guerre mondiale. Après la publication de son livre, "Mort de la ville", en 46, il devindra un célèbre compositeur et le directeur musical de la radio nationale. En 98, son fils découvre ses mémoires et décide de les publier : "Le Pianiste".
Ce livre et donc ce film ont permis au réalisateur de "raconter l'histoire d'un autre avec son propre vécu et ainsi d'accepter d'affronter ses propres démons". Il a enrôlé aux côtés de Brody, des acteurs comme Thomas Kretschmann (La reine Margot, U571, Blade II) pour incarner le Capitaine Allemand mélomane. Le reste du casting est essentiellement britannique tandis que l'équipe technique regroupe quelques uns des meilleurs artistes polonais. Le film est produit par Alain Sarde, déjà producteur de Mulholland Drive, de David Lynch.

Post-Cannes
Le Pianiste est devenu l'un des films les plus récompensés de l'année, malgré un succès modeste au B.O. : 1,5 millions d'entrées en France, à peine 20 millions de $ aux USA. Mais le Polanski a réussit l'exploit de remporter 7 Césars (sur 10 nominations), dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleure musique. Pas rien pour un film à 50% français et à 100% en langue anglaise. Mieux, le film est nominé 7 fois aux Oscars (dont meilleur film, réalisateur, acteur, photo, scénario et montage). Pas en reste, les Britanniques ont primé Polanski aux BAFTA (British Awatds) d'un prix du meilleur film et du meilleur réalisateur, et les espagnols lui ont remis un Goya du meilleur film européen. Assurément, la Palme d'Or plait au delà de la Croisette. C'ets très rare pour être souilgné.

 

SOUVENIRS BIEN ACCORDES

J'adore voir une femme jouer du violoncelle

Exorciser son passé en revenant sur les événements historiques qui ont marqué son enfance, c’est la respectueuse démarche qu’a entrepris Roman Polanski avec Le pianiste. Malheureusement, il semblerait que l’authenticité réclamée pour reconstituer les faits sans les trahir, condition sine qua non à la réussite de l’opération, ait quelque peu alourdi l’inspiration du cinéaste.
Aussi, c’est avec un souci d’exhaustivité digne d’un manuel scolaire que le réalisateur d’origine polonaise enchaîne les séquences incontournables de la tragédie de Varsovie. Ségrégation, rationnements, rafles, emprisonnement dans le ghetto ... Le parcours semble tellement balisé (par des dates ...) qu’on en vient à se demander si on assiste à un résumé censé planter un décors en vue de la narration d’un autre récit. Il n’en est rien, hautement référencé, le pianiste ne trouve pas de véritable singularité par rapport aux Žuvres déjà réalisées sur le sujet et finit par installer un sentiment de redite.
A aucun moment Polanski n’use de son regard pertinent qui fit sa renommée, ni de son style singulier pour éclairer la vision officielle du drame. Simple illustration faisant acte de mémoire qui trouve une utilité dans la mesure où certains révisionnistes mal orientés s’emploient à réinventer le passé. La barre aurait pu être fixée plus haut.
Académique donc, le Pianiste n’en est pas pour autant un mauvais film. Le personnage du musicien Wladyslaw Szpilman est solidement interprété par un Adrien Brody qui ne ménage pas ses efforts. La mise en scène reste ample, plus européenne qu’hollywoodienne dans ses options. On pourra s’étonner du choix adopté au niveau des dialogues. Les allemands parlant leur langue alors que les polonais s’expriment en anglais. On expliquera cette invraissemblance, par une volonté de favoriser l’exportation de l’oeuvre de façon un peu manichéenne ...

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