- Dossier EN peine de mort
 - Réquisitoire contre les exécutions Bush
 
 

(C) 96-01 Ecran Noir

Made in the USA
France
Quinzaine des réalisateurs
Sortie en salle : 14 novembre 2001

Production : Point du jour
Réalisation : Solveig Anspach
Rédaction : Solveig Anspach & Cindy Babski
Image : Laurent Machuel (AFC)
Montage : Anne Riegel
Son : Ludovic Henault & Randy Foster
Durée : 1h45
 
1er mars 2000, Odell Barnes, afro américain, est exécuté dans l'état du Texas sans que les preuves de sa culpabilité n'aient pu être clairement définies. La peine capitale appliquée, chaque protagoniste de l'affaire tente de donner une légitimité à sa vision des événements.
 
 
Retour au documentaire pour Solveig Anspach qui avait fait une incursion dans le monde de la fiction avec son poignant Haut les cœurs. Selon la réalisatrice, cette alternance des formats et de distance par rapport aux événements lui permet de nourrir et de développer au mieux les thèmes de son travail. Suite à Made in the USA, elle retrouvera donc des comédiens devant sa caméra pour le tournage prochain de son deuxième long métrage Stormy weather.
Cindy Babski possède une solide expérience de journaliste, variant ses reportages entre sujets de société et portraits de personnalités à travers le globe.
Odell Barnes fut mis au courant avant de mourir de la réalisation de ce témoignage. Il considéra le projet comme un message d'espoir pour ceux qui attendent sans recours, l'application de leur peine dans les prisons américaines.
George W. Bush ne figurera probablement jamais dansle livre Guiness des records, il détient pourtant le triste record d'exécutions durant son mandat de gouverneur du Texas, avec 152 prisonniers qui ont traversé le couloir de la mort.
 
Justice hasardeuse

" La peine de mort pratiquée avec rapidité et efficassité sauve des vies "
George W. Bush

On se souviendra de True crime, ce film de Clint Eastwood dans lequel l'acteur incarnait un journaliste nonchalant mais têtu, qui tentait de faire la lumière sur une affaire d'homicide et de sauver un black condamné par la justice locale à la peine capitale. Dans la plus pure tradition hollywoodienne, la vérité éclatait dans les dernières minutes et l'innocent était extirpé in extremis à son mauvais sort. La morale était sauve et le spectacle total, même si les institutions américaines s'en sortaient quelquepeu égratignées.
Retour à la réalité. Ici il n'est plus question de sauvetage héroïque, Solveig Anspach semble avoir lancé son projet de documentaire en connaissant l'issue fatale des événements. Le combat est ailleurs entre mémoires et futur, car l'impossible fut déjà tenté pour prouver que les charges qui pesaient sur le condamné Odell Barnes n'étaient pas acréditées par des preuves irréfutables. On croyait en la toute puissance des avocats américains. On découvre qu'ils ne peuvent rien contre le rouleau compresseur judiciaire fédéral, chapeauté par un gouverneur en pleine période électorale et tenu à présenter des résultats carrés pour rassurer ses concitoyens. Le fait d'être peu fortuné et afro américain n'aide pas non plus à convaincre de sa bonne foi, mais au contraire offre un cv de coupable idéal.
Le verdict appliqué, que dire de plus ? Les opposants à la peine de mort ont fait leur ronde devant la prison, marquant une certaine indignation qui pourra agacer tout au plus les convaincus du bien fondé de la solution radicale. Car 38 états sur 50 soutiennent encore la nécessité de maintenir " ce chatiment exemplaire ". C'est une conviction profondément ancrée dans la conscience du peuple américain et vertueusement vendue par le pouvoir dirigeant. Peu importe le discours manichéen, du moment que le sentiment de faire le bien est présent. Qu'on se tourne vers Bush ou vers Al Gore pour les démocrates, plus récemment qu'on opte pour Bloomberg ou pour Green dans la course à la mairie de New York, même son de cloche sécuritaire et répressif au détriment de la prévention. De la nuance nait le doute et l'Amérique confiante ne daigne se remettre en question. Le malaise dont elle souffre est pourtant bel et bien made in the USA.
S'écartant des discours théoriques ou polémiques suceptibles de conduire à de vains clivages, la réalisatrice choisit de mettre en toute simplicité l'accent sur les portraits des protagonistes liés à l'affaire. A raison. Au travers des témoignages bruts de ces différents acteurs de la société américaine se révèlent les contradictions, les peurs et les failles d'un système qu'on s'aveugle à croire parfait et ceci avec une proximité qui ne peut que toucher chacun d'entre nous. Il apparaît clairement combien les gens sont complexes et ne peuvent se conformer à un moule rigide et ne servant pas forcément les mêmes intérets. La vérité devient multiple, trouble, subjective, les interprétations hasardeuses. La vie reprend ses droits au delà du carcan d'un verdict de plomb. Odell Barnes n'était vraissemblablement pas un enfant de cœur, ni assurément LE criminel. Le milieu dans lequel il vivait n'était pas rose, ni noir, ni blanc. En ayant vu en lui une incarnation absolue du mal, comme le cristalisent si bien certaines idéologies vertueuses et simplistes qui se plaisent à bénir ce pays, la justice américaine a probablement oté la vie à un des ses citoyens qui ne le méritait pas, en entretenant le risque de perdre toute légitimité. En renonçant à chercher, en suprimant l'élément gênant, c'est hélas aussi un vœu d'impuissance que la loi américaine s'est contentée d'exprimer. Une société réduite à se débarasser de ses maux est-elle en position de les affronter, d'esquisser des solutions ?

Vu de France, le débat peut sembler d'un autre âge puisque la mise à mort n'est plus prodiguée par notre justice. Cela ne fait pas pour autant de notre système judiciaire une machine parfaite, loin s'en faut car vaste est sa tache, mais en limite tout au moins la portée des erreurs. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir et des alternatives.
On oserait souhaiter aux Etats Unis de se trouver un Robert Badinter pour mener un combat idéologique, un François Mitterrand pour en appliquer les préceptes. La chose n'est pas aisée dans une fédération où la vision de la justice peut évoluer d'un état à l'autre. Et puis ce sont des clichés de moralité qu'il faudrait songer à banir pour pouvoir cultiver une certaine ouverture. Bref une identité à remettre en question.

PETSSSsss-